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LA PLAN B -Radio Nova – Jean Larivière

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Bonjour cher Jean, c’est Philippe  à l’appareil,   Philippe  Permutin.

J’espère que vous allez bien et je suis désolé de vous déranger en pleine promotion, mais je profite de l’occasion pour vous demander ce que je dois faire pour cette photo des magasins Hémisphères. Parce que là je suis toujours  au cap Lisburn à l’entrée du détroit de Béring et je vois arrivé mon onzième Noël sous ce putain d’igloo  avec une légère appréhension.
Je vous rappelle quand même que vous m’avez demandé de vous signaler tout vol important de groupe de cormorans  survolant deux éléphant de mer en copulation sur la banquise  pendant qu’une jeune femme esquimaux enfanterait à l’ancienne , à moins de 2OO mètres des deux monstres et le tout pendant le soleil  de minuit.

Un coup  j’ai , un coup j’ai pas, un coup j’ai l’autre, et merde. Jamais tout en même temps. Jamais le beurre et l’argent du beurre, et surtout pas le cul de la crémière.

La vérité c’est que je suis très déprimé.

Il y a deux nuits, j’ai rêvé que je pêchais le saumon dans la rivière de Soatak. De l’autre côté de la rive, il y avait un renard blanc qui se lêchait la patte, en amont   Naomi Campbell prenait une douche de lait avec la trompe d’un éléphant que dirigeait un jeune cornac. Un très jeune cornac. Plus bas une troupe de  danseur portant le masque de ma mère sautait chacun leur tour au-dessus du gave en criant : »Je vais te saigner porcelet ! ». Le prenant perso, j’ai un mouvement de recul et glisse  sur un truc dégueulasse et part dans le courant violent. Un mâle caribou me sauve la vie, me soigne et me vend à une tribu indienne  qui me prenne pour mon professeur de français quand j’étais en 5°.Une grande peste rousse qui n’arrêtait pas de croiser et décroiser ses jambes. Le  crissement de ses bas se frottant l’un sur l’autre est dans toutes les mémoires de cette 5°B du lycée Jean Moulin de Nantes. En particulier dans la mémoire de ce gros dégueulasse de  Martinez qui alors s’astiquait  le tournevis en s’imaginant chignoler  la tomate.

J’ai eu peur tout du long, dites donc, comme un gosse perdu de l’autre côté. Alors  en me réveillant, j’ai pleuré pendant une heure sans vraiment savoir pourquoi, j’ai fini la bouteille de gnole que me refile l’épicier  de Kiala et puis     je me suis dit que je devais vous appeler pour faire le point sur cette fameuse photo qui a bousillé  ma vie.
L’idée est bonne, ce n’est pas ça que je veux dire et puis je ne permettrais pas, mais peut-être vaudrait-il  mieux mettre deux équipes. Non ? Ou trois ?

Pourtant il y a quatre ans, je pensais enfin tenir la bonne idée  : J’épousais Eyeetowak  une inuit très sympa de la tribu des  Sallirmiuts . Lorsqu’elle fut enceinte, je lui parlais de vous, du projet de  photo, du prestige dont elle pourrait en tirer dans sa famille, dans son village, en Alaska. Et que si maintenant on trouvait le couple d’éléphants de mer, les cormorans et qu’on arrivait à régler le bordel à minuit du soleil de minuit, je pourrai rentrer chez moi, parce que franchement là il y a un vrai problème culturel entre nous . « Non tu n’es pas de mon avis? » lui ai-je dit avec un sourire très câlin.
Finalement,    elle préféra accoucher par péridural à l’hôpital  de Silawick, et elle m’envoyé ses deux frères pour lesquels j’ai conservé beaucoup d’estime.

Ecoutez tenez- moi au courant de ce que vous décidez cher Jean, il faut que j’aille m’oindre le corps de graisse de baleine, je me pelle je suis dehors dans une cabine.

À bientôt, je vous envoie quand même un polaroïd d’un ours blanc entrain de ne  rien faire de spécial  et un autre pola de moi adolescent jouant au tennis avec mon oncle. Cela ne vous fait peut-être pas rêvé tout de suite, mais attendez demain avant de donner votre réponse.

Au revoir.

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