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Le Grand Écart, portrait de Michaël Lerner et Patrick Chauvel

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Bonsoir. Je ne connais pas de meilleure entrée en matière. Bonsoir.
Bonsoir Michaël Lerner, bonsoir Patrick Chauvel.

Autant vous le dire en préambule, et c’est évidemment très dommage pour ma première chronique en direct,  il pourra peut-être  m’arriver de bégayer ou de trembler mais c’est parce que j’ai été malade toute la nuit, ainsi qu’une partie de la matinée, je ne sais pas si c’est une intoxication  alimentaire  classique, une amibe ou si c’est un truc nerveux. Quoi qu’il en soit et sans rentrer dans les détails ,  j’ai passé une partie de la nuit à vomir comme un chien tripes et boyaux. Epouvantable.  A quatre pattes, pauvre malheureux, la tête dans la cuvette : Dans ces cas-là, on a envie de mourir, on appelle sa mère, on a plus aucune pudeur. On est tout vert, les yeux rouges, le nez qui coule. On est un petit vieux accroché à une vieille rambarde pourrie.

Et ce que je vous raconte n’est rien à côté de ce que j’ai vécu.

Au plus fort de la nuit, je repensais à ce que me disait ce bon copain de virée à l’ancienne  qui aimait citer Friedrich Nietzsche, paraît-il un excellent maître de queue :

« Si tu plonges longtemps ton regard dans l’abîme, l’abîme te regarde aussi. »

Tous les deux  je suis sur, comprenez cette joyeuse phrase.

C’est la guerre.

Vous êtes dans le  même abîme .

En fait de portrait croisé, vous avez la même pose.

Bao-Loc, mais aussi , Belfast,   Phnom Phen,   Téhéran, la plaine de la Bekaa,   Port au Prince,   Grozny, Tripoli, Santiago, Johanesbourg, Karthoum, Managua. L’un des deux là-bas,  les deux à la fois et la  liste est non exhaustive.

Je n’ai  pas connu quelqu’un mais quand je lui ai demandé comment ca allait après une tranche de vie mouvementé , il m’a répondu : « Ca va je suis un zombie. »

Quoique que vous nous racontiez ce sera toujours en dessous de votre vécu. L’écriture est un très bon pont entre sa réalité et l’imaginaire  de l’autre. Et c’est grâce à ce filtre que votre histoire est écoutable, supportable,   pour nous.

On a tous nos soucis : Moi vous savez, j’avais 16 ans quand une amie de ma mère chez qui je faisais du baby-sitting m’a fait frire ma merguez comme mode de règlement. Je vous livre l’anecdote  en une ligne  et demi, est ce la pudeur qui m’empêche de poursuivre ou n’en a ton rien à foutre. Est là un abîme ou une taupinière ?

Puisque le portrait croisé est enterré, il ne me reste plus qu’à vous raconter mes vacances :

Un jour j’étais du côté du Ziguinchor, le car de brousse était plein à craquer et le temps a passé. Résultats, on arrive trop tard pour prendre le bac qui devait nous amener sur la cote atlantique pour rejoindre  Dakar. Personne n’avait prévu ça et la nuit imprévue me fait peur d’avoir peur d’avoir faim. En réponse à cette angoisse muette une femme au fond du car sort une miche de pain et la partage avec tout le monde.
Sur le bateau, j’ai failli mourir avec des huîtres pourries.
Heureusement, la femme du capitaine, une croate amoureuse de Paris eu l’idée de me masser les parties génitales  avec de la chair de mérou.

Chers amis, « Tous n’étaient pas des anges » comme dit l’autre tout en marchant bras dessus bras dessous.

Michaël Lerner et Patrick Chauvel vous habitez sur le même palier, un double des  clefs sous chaque paillasson. Quand il y en a un sur le terrain l’autre arrose les plantes.

Où en sommes nous.

A une histoire vu ou lu, c’est notre imaginaire qui comblera notre manque de vécu.

Si l’on est d’accord avec cette idée maîtresse, on est d’accord aussi avec Jacques Lacan que j’ai croisé avant de rentrer dans ce studio et qui me disait à propos de n’importe quoi :

« L’imaginaire  et le réel sont deux lieux de la vie. »

Voilà  terminé.

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